A. Lechien

L’annonce récente d’un accord au gouvernement bruxellois pour interdire les véhicules diesel à l’horizon 2030 dirige les projecteurs vers les énergies alternatives. Qu’en est-il des véhicules propulsés à l’hydrogène?

1. Comment fonctionne un moteur à hydrogène?

L’hydrogène stocké dans le réservoir est envoyé vers une pile à combustible, où il rencontre l’oxygène capté dans l’atmosphère. Ce mélange génère de l’électricité qui fait tourner le moteur (et fait avancer la voiture). La pile à combustible ne libère ni CO2 ni particule durant son fonctionnement. Le seul rejet est de la vapeur d’eau (et l’excédent d’oxygène). Un kg d’hydrogène permet de produire trois fois plus d’énergie qu’un kg d’essence. Et la voiture est silencieuse.

Sous le capot de la Toyota Mirai Sous le capot de la Toyota Mirai – © DANIEL BOCKWOLDT – BELGAIMAGE

2. Combien coûte une voiture à hydrogène?

Le prix d’achat est souvent présenté comme un des obstacles au développement des voitures fonctionnant à l’hydrogène. En effet, fabriquer une pile à combustible coûte très cher. En 2018, deux constructeurs commercialisent des modèles sur le marché belge. Toyota propose son modèle “Mirai”, qui est vendu à partir de 79.900 euros.

Le tableau de bord de la Toyota Mirai Le tableau de bord de la Toyota Mirai – © DANIEL BOCKWOLDT – BELGAIMAGE

Dans les prochaines semaines, Hyundai vendra le SUV Nexo, dont le prix officiel n’est pas encore annoncé (en France à partir de 66.000 euros).

La Hyundai Nexo La Hyundai Nexo – © ROB LEVER – AFP

3. Y a-t-il des incitants fiscaux?

En Flandre uniquement: prime à l’acquisition de 4000 euros, en 2018 et 2019. Et exonération de la taxe de mise en circulation ainsi que de la taxe annuelle.

Inauguration de la station d'approvisionnement de Zaventem Inauguration de la station d’approvisionnement de Zaventem – © JAN NAGELS – BELGA

4. Où s’approvisionner en hydrogène?

Il n’y a actuellement qu’une station à hydrogène accessible aux particuliers en Belgique, elle est située 546 chaussée de Louvain à Zaventem. Elle a été construite sur le site de Toyota par Air Liquide. Une recharge de réservoir se fait en 5 minutes. Un kg d’hydrogène coûte une dizaine d’euros et permet de parcourir une centaine de km. L’autonomie d’une voiture à hydrogène est estimée à 500 km environ.

D’autres stations devraient voir le jour. Par exemple le groupe Colruyt (DATS 24) en installe une cette année à Hal. Une autre devrait ensuite voir le jour à Anvers.

Un bus à hydrogène de De Lijn Un bus à hydrogène de De Lijn – © NICOLAS MAETERLINCK – BELGA

5. L’hydrogène, une solution pour les transports publics?

Les piles à combustibles peuvent alimenter toutes sortes de véhicules, dont des bus électriques, des engins de chantier, ou même des trains. En 2014, De Lijn a mis en service 5 bus à hydrogène qui circulent en région anversoise. Ils s’approvisionnent sur le site de Solvay à Lillo.

Les bus ont été construits par le constructeur belge Van Hool. Cette firme a reçu une commande d’une quarantaine de bus à hydrogène pour le marché allemand.

Un taxi Hype à Paris Un taxi Hype à Paris – © ERIC PIERMONT – AFP

A Paris, la compagnie de taxi Hype roule depuis 2015 avec des véhicules à l’hydrogène. Elle souhaite exploiter 200 taxis dans la capitale française d’ici fin 2018. Une soixantaine de taxis Hype pourraient débarquer prochainement à Bruxelles.

6. L’hydrogène: une énergie vraiment “zéro émission”?

Cela dépend évidemment de la façon dont on produit l’hydrogène. Le géant français Air Liquide est un des principaux producteurs mondiaux de cette molécule, principalement pour l’industrie. Elle est actuellement issue à 95% des hydrocarbures (qui contiennent des atomes d’hydrogène), notamment à partir du gaz naturel. En France, ce processus conduit à l’émission de 10 millions de tonnes de gaz à effet de serre par an, soit 7,5% de l’ensemble des émissions du secteur industriel.

Une autre technique de production de l’hydrogène est l’électrolyse de l’eau. Elle consiste à décomposer l’eau, qui contient deux atomes d’hydrogène et un atome d’oxygène (H2O) grâce à un courant électrique, pour récupérer la molécule d’hydrogène. En utilisant les surplus de courant issus du solaire et de l’éolien, cette technique est aussi considérée comme un moyen de stocker l’électricité produite quand on n’en a pas besoin.

Dans cette vidéo, Colruyt explique comme produire de l’hydrogène “vert”, à partir d’énergies renouvelables (éoliennes et panneaux solaires):

Maîtrisée depuis longtemps, l’électrolyse reste encore coûteuse, même si ce coût a baissé ces dernières années pour atteindre entre 4 et 6 euros par kilogramme d’hydrogène, contre entre 1 et 5 euros par kilogramme pour l’extraction à partir des énergies fossiles, hors transport et selon les techniques. Son rendement doit aussi être amélioré pour réduire les déperditions d’énergie durant le processus.

Le remplissage du réservoir Le remplissage du réservoir – © ERIC PIERMONT – AFP

7. L’hydrogène : une source d’énergie dangereuse à manipuler?

Depuis la catastrophe du Hindenburg, un dirigeable gonflé avec 200.000 m3 d’hydrogène qui, en 1937, s’est embrasé en moins d’une minute, tuant 35 personnes, ce gaz est synonyme de “danger”. Comme tout combustible, l’hydrogène peut s’enflammer et/ou exploser en cas de fuite.

L’hydrogène est comprimé dans des bouteilles avant d’être refroidi pour pouvoir être distribué. Il est stocké dans un réservoir sous très haute protection. Afin d’éviter les fuites, le plein se fait grâce à un embout qui ressemble à ceux utilisés en Formule 1. La pompe ne démarre pas tant que cet embout n’est pas correctement engagé. Les pompes sont dotées d’une technologie infrarouge qui communique avec l’ordinateur de bord de la voiture et gère le remplissage du réservoir. Il est bien sûr interdit de fumer à proximité de la station d’hydrogène.

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