Eric Mungar, l’autosuffisance alimentaire en 2016, mythe ou réalité ?

 

Il est important de noter que l’autosuffisance et la sécurité alimentaires sont étroitement liées. L’autosuffisance alimentaire étant une utopie à Maurice, nous préférons employer le terme de sécurité nutritionnelle.

Nous ne pouvons évidemment pas devenir autosuffisants, car nous sommes avant tout une île fortement dépendante de nos aliments de base (riz et farine). Cela ne nous empêche pas d’avoir une économie qui importe, mais qui permet également de produire localement. On a un peu trop rapidement oublié la crise alimentaire de 2008.

Maintenant que vous en parlez, cette crise de 2008 nous revient en effet en mémoire !

C’était il n’y a pas si longtemps pourtant ! Rappelez-vous, en 2008, nous avons dû négocier avec l’Inde pour obtenir notre riz « ration ». L’Inde qui se devait alors de nourrir sa population avant de vendre son riz. 

Dans des cas comme celui-ci, l’argent ne sert strictement à rien, car malgré tout le financement disponible, la nourriture reste inaccessible. D’où l’importance de préparer notre situation alimentaire, de la prévenir. Nous avons des planteurs professionnels, mais la population pourrait s’y mettre elle aussi.

Dans la pratique, l’autosuffisance alimentaire peut paraître difficilement réalisable…

Cela devrait pouvoir se faire pourtant. Nous importons 75 % de nos besoins en nourriture, ce qui est loin d’être normal.

Avec le système alimentaire mondial et la libéralisation de l’économie, nous nous retrouvons avec de la nourriture transformée du Brésil ou de l’Argentine ou d’autres pays. C’est une contradiction du système alimentaire.

Nous sommes sortis du système artisanal pour aller vers un système à valeur ajoutée.  Avant à Maurice, nous produisions des légumes que nous partagions avec nos voisins ou nos proches. Aujourd’hui, notre système alimentaire n’est basé que sur le service et les revenus, dans les supermarchés par exemple.
Les Mauriciens mangent très mal. Ces viandes du Brésil sont remplies de graisse, le poisson est hors de prix… Je prône personnellement un retour de la « petite paysannerie ».

Comment la faire retourner, justement ?

Encourager la production de poules locales et d’œufs ; aller vers la production du compost et des légumes organiques. De cette façon,  on sera indépendant sur ce plan.

Même si on vit en appartement ou dans des maisons sans grand jardin ?

Prenons l’exemple de Barkly à Beau-Bassin, où nous retrouvons des maisons très près les unes des autres. On arrive quand même à produire des légumes dans des bacs ou de petits récipients. On peut aussi planter sur son balcon comme on le fait pour les bégonias ! Pour enfin avoir de légumes sains.

Nos légumes actuels sont loin d’être sains, en fait…

Nous avons tous lu cette étude de Quanti Lab à ce sujet. Ces résidus de pesticides sont plus que jamais présents dans nos légumes, d’où cette importance de produire sa nourriture à la maison.  Les légumes sont essentiels pour les fibres et les vitamines, mais encore faut-il qu’ils soient sains ! Quand on pense aux résidus de pesticides dans le cresson, cela fait peur.

Que répondre à ceux qui disent que planter prend du temps et qu’ils n’ont pas assez de temps pour le faire ?

Nous avons fait l’expérience avec une grande firme du secteur privé. Son personnel, très pris dans des réunions, a quand même trouvé le temps pour s’occuper d’un potager sur le toit de leur immeuble. Ils ont trouvé le temps de le faire, c’est comme une détente, plus encore comme une thérapie.  Ils ont eu des légumes comme le « voème » et le céleri.
On parle de biodiversité, c’est bien. Encore faudrait-il parler de la dégradation de nos terres par tous ces produits chimiques utilisés. La biodiversité sous le sol  est responsable de la fertilité nos terres. Les fertilisants chimiques ont tué ces micro-organismes (les champignons, les vers, etc..).  Quand on connaît le rôle qu’ils apportent aux racines de plantes, on se rend compte que quelque part, des maillons de la chaîne ont été rompus.

Comment envisager l’avenir agricole de Maurice ? Comment concilier développement et production alimentaire ?

Nous perdons annuellement 1000 hectares de terres agricoles pour des développements fonciers et routiers. Les meilleures terres agricoles de Maurice, Ébène et Bagatelle, sont aujourd’hui sous du béton.

À Maurice, les économistes libéraux ne voient hélas pas l’agriculture comme un facteur de développement. 

La FAO a récemment déclaré en 2015 que l’avenir de la santé humaine dépend de la fertilité de la terre. Cela va certainement poser problème à long terme. Aux décideurs de comprendre. De comprendre l’importance d’une terre vivante.
La stratégie serait de sortir de l’agriculture chimique pour aller à l’agriculture organique. C’est une approche qui demande du temps et de la volonté, une volonté politique avant tout.

Mouvement pour l’Autosuffisance alimentaire : 25 ans de projets agricoles à Maurice

Fort de ses 25 années d’existence, le Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire (MAA) promeut sans relâche ses six objectifs, qu’il estime être des  droits fondamentaux à tous les pays :

  • La sécurité alimentaire
  • Le droit à l’ensemble du territoire national
  • Le droit à l’intégrité du territoire agricole
  • Le droit de protéger l’agriculture familiale
  • Le droit à des prix justes pour cultiver des produits
  • Le droit de gérer les marchés intérieurs.

Après plus de 25 ans d’existence, les programmes du MAA sont continuellement axés sur la sécurité alimentaire des groupes les plus vulnérables de Maurice, ce dans les productions agricoles, l’élevage, la pêche et de l’artisanat. Le MAA continue de promouvoir les six droits fondamentaux de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture équitable. Que ce soit dans les écoles ou les quartiers dits défavorisés, les efforts pour une autosuffisance alimentaire (culture de légumes en pots) demeurent constants.

Les missions du MAA demeurent plus que jamais d’actualité :

  • Promouvoir la sécurité alimentaire des familles des groupes les plus vulnérables pour répondre à leurs besoins nutritionnels 
  • Habiliter les communautés pauvres et marginalisées afin de faciliter leurs actions en faveur du développement durable
  • Plaider pour que la réalisation de la sécurité alimentaire soit l’objectif des politiques agricoles et alimentaires, et des métiers locaux, régionaux et internationaux.

Contact : MAA – Mouvement pour l’Autosuffisance Alimentaire – MU – 5 rue Laplace – Rose-Hill – Tél (230) 466 0271

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