En 1962, quand la politique agricole commune est mise en place, parmi les objectifs inscrits dans le Traité de Rome figurent en bonne place l’accroissement de la productivité et la garantie de la sécurité des approvisionnements. La pénurie alimentaire qui a marqué la Seconde guerre mondiale est encore dans tous les esprits. Le succès est au rendez-vous : dès les années 1970 la CEE parvient à garantir aux pays membres une autosuffisance alimentaire. Très vite même, des excédents apparaissent. Ils deviendront le cauchemar des gestionnaires de la Politique Agricole Commune, qui elle-même ne cessera de se réformer pour éviter des crises de surabondance. Quoi qu’il en soit l’objectif d’autosuffisance est alors bel et bien rempli. Christian Pées cite en exergue de son livre cette phrase qu’aurait prononcé Charles De Gaulle : « Un pays qui ne peut pas se nourrir lui-même n’est pas un grand pays. ». En ce début de 21ème siècle la formule garde tout son sens. Elle pourrait pourtant vieillir d’un coup si la réforme de la PAC promise pour après 2013 allait vers une normalisation du secteur agricole, la fin des barrières douanières et la confrontation brutale de nos paysans avec le marché mondial. L’Europe pourra-t-elle dans ce cas résister à la montée en puissance de la Chine, du Brésil ou de l’Inde ? et si elle en est incapable, que signifierait une perte d’indépendance dans le secteur agricole ? Avec quels nouveaux équilibres géostratégiques faudrait-il compter, alors que les tensions sur le marché mondial des denrées alimentaires sont de plus en plus vives ? Toutes ces questions qui reviennent à une seule : les biens alimentaires sont-ils des marchandises comme des autres, qui doivent subir la libéralisation des échanges ?

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