Un champ de blé le 21 août 2014 à Thiepval, dans la Somme, en France — Philippe Huguen AFP

Replanter des arbres dans les champs pour amĂ©liorer la culture du blĂ© ou l’Ă©levage des poules: l’agroforesterie semble une voie prometteuse pour une agriculture plus en harmonie avec l’environnement, mais elle suppose un vrai changement de mentalitĂ© des producteurs.

Pour «rĂ©pondre aux dĂ©fis Ă©conomiques et Ă©cologiques de l’agriculture», le gouvernement espère avoir en 2025 «une majoritĂ© d’exploitations agricoles engagĂ©es dans l’agroforesterie», dĂ©clarait lundi Catherine Geslain-LanĂ©elle, responsable de la direction gĂ©nĂ©rale des politiques agricoles au ministère de l’Agriculture, en prologue d’une journĂ©e nationale sur le sujet.

Après avoir éradiqué les arbres des champs dans les années 60-70, au profit de grandes parcelles vouées à une agriculture productiviste, le secteur commence à redécouvrir leurs bienfaits.

PlantĂ©s en lignes parallèles au milieu des cultures, ou bien en bordure des parcelles, les arbres amĂ©liorent la qualitĂ© des sols, les aident Ă  mieux retenir l’eau, limitent l’Ă©rosion.

Ils filtrent aussi les pollutions aux nitrates, explique Christian Dupraz, de l’INRA Montpellier, intervenant pendant la confĂ©rence.

Les arbres recrĂ©ent de la biodiversitĂ©, «en reconnectant les habitats de plein d’espèces», ajoute-t-il.

Les abeilles par exemple, dĂ©cimĂ©es par la destruction des plantes qu’elles butinaient, «commencent Ă  revenir» lĂ  oĂą les paysans replantent des arbres, assure Alain Canet, prĂ©sident de l’Association française d’agroforesterie (Afaf).

Les arbres sont aussi des alliĂ©s pour les Ă©leveurs, «un atout majeur de la production en aviculture», estime par exemple Philippe Guillet, conseiller agroforesterie de la chambre d’agriculture de la Sarthe.

AttirĂ©es par leur protection, les poules sortent davantage de leurs abris. «C’est mieux pour le bien-ĂŞtre animal», se rĂ©jouit StĂ©phane Lavigne, producteur d’Ĺ“ufs et de cĂ©rĂ©ales bio en Loire-Atlantique.

L’Ă©leveur s’est aussi rendu compte que «les arbres sont des refuges pour toutes les petites bĂŞtes qui permettent de lutter contre les insectes dans les cĂ©rĂ©ales».

Un phĂ©nomène qui permet de diminuer les doses de pesticides, mĂŞme s’il n’est pas «automatique», prĂ©vient M. Dupraz.

– Encore confidentielle –

L’INRA Ă©tudie aussi l’aide que pourraient apporter les arbres dans la lutte contre le rĂ©chauffement climatique, en stockant le carbone.

«On travaille pour que les agriculteurs se servent de l’arbre comme d’un outil de production», en essayant de ne pas compliquer les travaux des champs par des dĂ©tours autour des arbres, rĂ©sume Christian Dupraz.

Selon l’INRA, la productivitĂ© globale d’une exploitation peut augmenter de 30%, en prenant en compte la valeur du bois produit.

Dominique Bordeau, Ă©leveur laitier bio des Pays de la Loire, a ainsi vu ses revenus «augmenter de 10%» grâce Ă  la vente du bois issu de l’Ă©lagage de ses arbres.

Mais l’agroforesterie reste encore confidentielle, mĂŞme si l’Afaf revendique «plusieurs dizaines de milliers d’agriculteurs». Le ministère de l’Agriculture ne dispose pas de donnĂ©es fiables sur les surfaces.

Surtout, «on s’est rendu compte que remettre des arbres, c’est très complexe», car dans la mentalitĂ© de beaucoup d’agriculteurs, «les pages qui touchent Ă  l’arbre ont Ă©tĂ© violemment dĂ©chirĂ©es dans les annĂ©es 70», explique Philippe Guillet.

Aujourd’hui, il faut donc «convaincre ceux qui ont arrachĂ© les arbres de les replanter», plaide-t-il.

Ceux qui plantent s’inquiètent de la nouvelle Politique agricole commune (PAC). «Beaucoup d’agriculteurs ont reçu des notifications disant qu’au-delĂ  de 50 arbres par parcelle, nous ne sommes plus Ă©ligibles aux aides de la PAC», s’inquiète BenoĂ®t Biteau, agriculteur bio près de Royan.

Le ministère de l’Agriculture a assurĂ© lundi dans un communiquĂ© que plusieurs mesures au sein de la PAC permettaient au contraire «d’encourager l’agroforesterie».

L’agroforesterie demande aussi beaucoup de patience, car il faut attendre plusieurs annĂ©es avant de ressentir pleinement l’action des arbres.

«Le retour sur investissement dans le temps n’est pas facile Ă  gĂ©rer (…) Il ne s’agit pas de mettre des arbres partout par effet de mode, mais de bien gĂ©rer l’endroit oĂą on met les arbres», souligne Philippe Guillet.

D’oĂą l’idĂ©e d’initier les jeunes: 35 lycĂ©es agricoles enseignent dĂ©sormais l’agroforesterie.

Source

0 Commentaires

Laisser une réponse

Vous connecter avec vos identifiants

ou    

Vous avez oublié vos informations ?

Créer un compte