La réassurance du consommateur passe par une évolution des pratiques agricoles. Entre la crise de confiance suscitée par l’agriculture intensive et les limites de l’agriculture biologique, pourtant largement réhabilitée, il semble que l’agriculture raisonnée s’impose peu à peu comme la voie de l’avenir.

L’agriculture est devenue intensive à partir des années 1950 pour répondre aux besoins de la population française. Elle consiste à produire à plus grande échelle afin d’accroître les rendements. Elle s’est accompagnée d’une forte utilisation d’engrais et de produits pour lutter contre tout ce qui pouvait nuire à la productivité des cultures : maladies, mauvaises herbes ou ravageurs. Les excès de ces pratiques agricoles sont aujourd’hui largement mis en cause dans la pollution des eaux, l’atteinte de la faune et de la flore naturelles ou encore l’érosion des sols. L’azote des engrais peut notamment aboutir à une concentration excessive en nitrates de l’eau.

L’agriculture biologique est un mode de production respectueux de l’environnement, des équilibres écologiques, de la fertilité des sols de manière naturelle et du bien-être des animaux. Les agriculteurs concernés écartent la majorité des traitements chimiques, et substituent aux pesticides et engrais chimiques de synthèse les rotations des cultures, l’implantation d’engrais verts ou la protection biologique des plantes. Les éleveurs nourrissent leur cheptel avec au moins 90 % d’aliments biologiques, et n’utilisent pas plus de deux fois par an les antibiotiques. Leurs pratiques demandent une attention et une présence particulièrement fortes. Encore peu développée, l’agriculture biologique a vu son nombre d’exploitations doubler de 1995 à 2000. En France, les agriculteurs bio ne sont que 7 000, ne représentant que 1 % de l’ensemble des exploitants agricoles.

L’agriculture raisonnée, également appelée “intégrée” ou “durable”, correspond à une vision globale qui prend en compte les spécificités locales (sol, climat) et harmonise cultures et élevages. Ce concept, né au début des années 1990, permet de concilier préservation de l’environnement et qualité des produits agricoles, performance économique et productivité satisfaisante. Il apparaît comme une solution d’avenir puisque l’agroindustrie, en progression, vise une meilleure coopération au long des filières de production et de consommation, une maîtrise et une professionnalisation croissantes afin de garantir une qualité et une sécurité meilleures. L’agriculture raisonnée vise notamment à maîtriser au maximum l’emploi des doses d’engrais et de pesticides, à faire de la fertilisation sur mesure, à choisir des variétés naturellement résistantes ou à désherber mécaniquement. Pour ce qui est des animaux, il s’agit de les élever dans de bonnes conditions sanitaires et de les nourrir dans le souci d’un juste équilibre entre fourrages et aliments concentrés. Ce type d’approche agricole très contrôlée repose sur une bonne connaissance des conditions météorologiques, des besoins des plantes et des animaux, et une observation précise et permanente. Elle intègre donc tous les progrès scientifiques à sa disposition.

L’agriculture raisonnée se veut un compromis entre l’agriculture intensive et le bio. Le problème de la voie biologique est qu’elle est synonyme de baisse de productivité et que son prix de revient est inévitablement élevé. Deux raisons qui pèsent lourd dans la balance pour ses développements futurs et la cantonnent au rang d’une agriculture alternative. Le surcoût généré par le recours aux produits d’agriculture raisonnée serait de seulement 3 à 4 %, contre 30 % pour les produits bio. Certaines réserves sur la pratique de l’agriculture raisonnée existent. Les agriculteurs bio, notamment, la jugent trop peu contraignante, et estiment que “la moitié des exigences [de son] cahier des charges relève en fait du simple respect de la réglementation”.

Emmanuelle Jardonnet

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