A  Hyères, dans le Var, le marché paysan existe depuis 46 ans et se tient chaque mardi et samedi. Il a fermé, comme tant d’autres.

“Nous sommes 26 exploitants, dont 18 maraîchers, organisés pour vendre en direct nos produits de saison à une clientèle d’habitués”, explique Andrée Pellegrino, la présidente.

Avec la fermeture, la clientèle s’est reportée sur la page Facebook du groupe, qui n’a jamais été autant consultée. “Les maraîchers publient leurs solutions de distribution de fruits et légumes, selon leurs possibilités”.

Certains ont monté une vente directe sur leur exploitation, avec prise de rendez-vous afin de contrôler la circulation des personnes. La majorité s’est lancée dans la livraison de paniers à domicile.

Une solution plébiscitée par les clients, mais qui engendre des contraintes. “Certains ont dû limiter le nombre de livraisons quotidiennes, car il faut aussi s’occuper du jardin, planter, et préparer les cultures d’été”.

Cette offre en ligne en tous cas permet d’après Andrée Pellegrino, d’écouler une bonne partie de la production, les dernières récoltes d’hiver, carottes, blettes, celeris, poireaux, et les asperges qui arrivent.

Mickaël Martini, maraîcher en polyculture sur la commune d’Hyères, confirme : “J’avais anticipé depuis une dizaine de jours avec un post sur Facebook proposant des paniers avec mes poireaux carottes, artichauts, fèves, patates douces. On a de la demande, beaucoup, et on doit refuser des commandes”.

Organiser la mise en réseau

A la Chambre d’agriculture du Var, on tente de venir en aide à ces exploitants privés de leurs débouchés habituels, en les mettant en relation avec une nouvelle clientèle de particuliers, ou bien en leur permettant de retrouver, autrement, le lien avec leur clientèle.

Une liste de lieux de distribution et de contacts est actuellement en ligne et mise à jour. Nous la relayons d’ailleurs sous forme de carte sur notre site, à retrouver ci-dessous et par ici pour y participer.

De nouveaux usages, pour tous les maillons de la chaîne

Xavier Bordier, lui, fournissait jusqu’à mi-mars les restaurateurs varois en produits frais, fruits et légumes exclusivement.

Sa société, Soleil en Provence, a opéré une reconversion en un temps record, et en solitaire : “Mes employés sont chez eux, confinés, mais j’ai voulu me sentir utile”, explique-t-il.

Avec la fermeture des restaurants, plus de clients. Alors le grossiste a repris, surtout grâce au bouche-à-oreille, une activité de livraison de paniers chez les particuliers, qu’il avait laissée en sommeil.

“Tout est difficile. On ne peut plus avancer avec les sociétés de transport”. Les difficultés de ses fournisseurs, marché de Rungis, marché des Arnavaux à Marseille ou producteurs locaux, sont les mêmes que les siennes : comment circuler, et se protéger.

“La marchandise, on ne la trouve pas comme avant. Les gens veulent travailler mais on n’a pas d’équipement, pas de masque”, détaille-t-il.

L’organisation aussi s’improvise :“Je livre entre 30 et 50 paniers par jour. Au début, j’allais dans tous les sens. Depuis hier, j’ai sectorisé un maximum”.

“Les conditions de livraison, c’est bizarre on reste à deux mètres des gens. Mais leur reconnaissance, ça n’a pas de prix. Tout à l’heure une dame m’a dit : hier à 20h, j’ai applaudi pour vous”. Xavier Bordier affirme tenir grâce à ces encouragements mais ne sait pas pour combien de temps.

A Aubagne, le magasin des producteurs a vu sa fréquentation chuter. Mais les commandes de paniers grimpent en flèche. “Difficile de suivre”, explique Dernold Poinas, chargé de projet. “Nous avons fait appel à un prestataire pour les livraisons. Les gens ne veulent plus venir en magasin, et on les comprend”.

La production locale privilégiée, de nouvelles habitudes

De façon générale, face aux difficultés d’approvisonnement et de transport, les circuits courts sont privilégiés, les embauches locales aussi.“Le Préfet a saisi les supermarchés en leur demandant de privilégier la production locale”, explique Michel Dessus, président de la Chambre d’agriculture des Alpes Maritimes.

Jean-Pierre Clerissi, maraîcher à Gattières, dans les Alpes-Maritimes, veut y voir un signe encourageant.

“On peut embaucher des personnes vivant à proximité, qui n’ont plus de travail. Si les grandes surfaces jouent le jeu et ne nous demandent pas des prix trop bas, nous aurons les moyens de les payer et de les intégrer dès début avril pour la cueillette des fraises et des courgettes.”

Dans cette période si particulière, de nouveaux réseaux de diffusion en vente directe se créent, à un rythme sans doute jamais atteint.

Face aux contraintes imposées par la lutte contre l’épidémie de coronavirus, certains veulent croire que les habitudes changeront dans le bon sens. Et pourquoi pas, dans la durée. 
 

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