Des manifestants d’Extinction Rebellion, le 12 mai 2019 près des marches du Trocadéro, à Paris, après avoir déversé des litres de faux sang.

© FRANCOIS GUILLOT/AFP
Des manifestants d’Extinction Rebellion, le 12 mai 2019 près des marches du Trocadéro, à Paris, après avoir déversé des litres de faux sang.

«Manifester, pétitionner, changer ses comportements individuels… on l’a fait, et on voit que ça ne change rien. L’étape suivante, c’est agir, s’interposer et déranger». La formule du porte-parole Henri Parmentier, prononcée à l’occasion du lancement français d’Extinction Rébellion le 24 mars dernier place de la Bourse à Paris, était sans équivoque. Ce jour-là, un demi-millier de militants s’étaient réunis pour célébrer le lancement de la branche française du mouvement mondial. Derrière le logo à l’allure de sablier, tous ont prôné la «désobéissance civile» et la «non-violence». L’objectif? Faire reconnaître «la gravité et l’urgence des crises écologiques actuelles», tout en préconisant une «réduction immédiate des émissions de gaz à effet de serre pour atteindre la neutralité carbone en 2025», peut-on lire sur le site français du mouvement.

Une «désobéissance civile» qui a entraîné la polémique, vendredi 28 juin. Alors que quelques dizaines de militants s’étaient rassemblées dans le cadre d’un «sit-in» sur le pont de Sully (4e arrondissement de Paris), plusieurs CRS ont tenté de déloger les manifestants en utilisant abondamment de gaz lacrymogènes. «On est non-violent, pourquoi vous nous gazez?» se sont indignés les membres d’Extinction Rebellion. «Ce sont des manifestants très radicaux», a quant à lui réagi le ministre de l’Ecologie François de Rugy sur BFMTV ce lundi matin. Et de continuer: «Quand vous leur demandez pacifiquement de dégager la voie (…) et qu’évidemment ils refusent (…) on est obligé de mobiliser des CRS pour prendre les personnes une par une et essayer de les enlever». Une enquête préliminaire a été ouverte ce 1er juillet par le parquet de Paris pour «violences volontaires par personne dépositaire de l’autorité publique». L’investigation a été confiée à l’IGPN, la police des polices.

Un mouvement qui s’est exporté à l’international

Officiellement créé en 2018 au Royaume-Uni, sur la base d’une campagne de 2016 du mouvement social RisingUp!, Extinction Rebellion a reçu, peu avant son lancement, le soutien d’une centaine d’universitaires dans une tribune publiée dans The Guardian. De quoi attirer, le 31 octobre 2018 devant le Parlement, à Londres, plus d’un millier de participants, dont Caroline Lucas, une députée du parti écologique anglais, et la jeune Greta Thunberg. «On ne peut pas sauver le monde en jouant selon les règles parce que les règles doivent être changées. Tout doit changer et ça doit commencer aujourd’hui. Il est maintenant le temps de la désobéissance civile. Il est maintenant temps de se rebeller», avait-elle déclaré, citée par Reporterre.net. Quelques jours plus tôt, plusieurs dizaines de membres d’Extinction Rebellion avaient occupé les bureaux de Greenpeace, dans le but de rallier l’ONG à leur cause, avait expliqué le mouvement sur Facebook.

Depuis, Extinction Rebellion, mouvement horizontal sans leader, s’est exporté notamment aux États-Unis, en Italie, en Allemagne, en Australie, en Nouvelle Zélande, au Québec, en Belgique, et dans l’Hexagone. En début d’année, 40.000 personnes avaient rejoint le mouvement dans 119 pays, selon Le Monde. Contactée par Le Figaro, Extinction Rebellion considère «difficile les estimations du nombre de membres», mais qu’«environ 6000 individus sont inscrits» en France. Ce 1er juillet, la page Facebook française du mouvement compte 30 000 «j’aime». La page internationale, elle, totalise 206.000 «j’aime». Un important nombre de «likes» qui peut s’expliquer par la multiplication des actions à l’international.

Des actions choquantes mais non-violentes

Le 17 novembre 2018, deux semaines seulement après le discours de Greta Thunberg, plusieurs milliers de manifestants ont bloqué les cinq principaux ponts de Londres. Selon The Guardian, il s’agissait là «du plus grand mouvement de désobéissance civile depuis des décennies». 85 individus sont arrêtés par les forces de police. Le 1er avril dernier, toujours à Londres, des militants du mouvement sont parvenus à gagner, nus, le premier étage de la Chambre des communes, alors que les députés britanniques étaient en plein débat.

La semaine du 15 avril, les militants ont mené plusieurs journées de blocage dans la capitale anglaise, perturbant Oxford Circus, Waterloo Bridge et Parliament Square. Certains d’entre eux se sont même enchaînés devant la maison du leader travailliste Jeremy Corbyn. Après quatre jours de perturbations, la police faisait état de 428 arrestations. Une «rébellion» qui a poussé le parlement britannique à déclarer «l’état d’urgence écologique et climatique» le 1er mai.

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© BEN STANSALL/AFP
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Samedi 27 avril, une trentaine de membres de XR se sont jetés dans un canal de Amersfoort (Pays-Bas), au moment du passage en bateau du roi Willem-Alexander.

Le 11 juin, au moins vingt manifestants se sont enchaînés aux grilles de la chancellerie allemande, pour dénoncer l’inaction climatique du gouvernement d’Angela Merkel. Le 27 mai, XR a perturbé au Québec le congrès de l’Association pétrolière et gazière.

En France, les militants d’Extinction Rebellion, alliés à d’autres organisations écologistes, ne sont pas en reste: le 19 avril, plus de 2000 manifestants ont occupé l’esplanade de La Défense (Hauts-de-Seine) et ont bloqué les sièges d’EDF, Total et la Société Générale, pour dénoncer «l’alliance toxique» entre Etats et multinationales. Le 12 mai, des membres de XR ont déversé 3000 litres de liquide rouge, représentant du faux sang, sur les marches du Trocadéro, pour alerter contre le «déclin accéléré de la biodiversité». Et, enfin, le 28 juin 2019, Extinction Rebellion a bloqué le pont de Sully, à Paris. Ils seront sévèrement réprimés par la police.

Le logo d’Extinction Rebellion

Créé en 2011 par un artiste basé à Londres, le logo du mouvement écologiste est censé représenter l’extinction. Constitué d’un sablier inséré dans un cercle, qui représente la Terre, le logo porte un message: le temps presse pour sauver la planète, et pour empêcher les espèces de disparaître à cause du changement climatique. Le vert symbolise le combat écologique, et le noir, couleur du deuil, témoigne de la gravité de la situation.

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© LUCAS BARIOULET/AFP
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