Son engagement politique (résolument à gauche) lui avait valu de gros problèmes au soir de son existence. La participation de Gustave Courbet à la Commune de Paris l’avait ainsi amené devant les tribunaux. Et ceux-ci l’avaient condamné à une peine de six mois d’emprisonnement et à une forte amende pour avoir participé au « déboulonnage » de la colonne Vendôme, le 16 mai 1871. Sa détention à la prison de Sainte-Pélagie fut certes écourtée en raison de son état de santé puisque, incarcéré le 22 septembre 1871, il fut libéré en janvier 1872. Mais un magistrat n’en exigea pas moins, en 1873, qu’il rembourse la reconstruction du monument. Montant de la facture : 320 000 francs-or. Une somme conséquente pour l’époque.

Peu importe que l’homme n’ait pas pris part à ce que la presse de l’époque avait présenté comme un impardonnable acte de vandalisme ni que la décision de détruire ce monument érigé par Napoléon 1er eût été prise avant l’élection du peintre au sein de l’Assemblée révolutionnaire. L’artiste avait lancé une pétition réclamant au gouvernement de la Défense nationale de « mettre à bas » ce symbole impérial. C’est pour punir cette prise de position que la justice le sanctionna. Incapable de payer la note du chantier de reconstruction, Courbet s’exila en Suisse. Et c’est sur les bords du lac Léman, à La Tour-de-Peilz près de Montreux, qu’il est mort le 31 décembre 1877 sans avoir pu récupérer les toiles saisies par l’État dans son atelier parisien.

Réhabilitation

À l’occasion des célébrations du 200e anniversaire de la naissance de l’artiste à Ornans, dans le Doubs, le 10 juin 1819, ce triste épisode semble bien loin. Quasiment oublié. C’est « l’art d’être libre » d’un artiste anticonformiste qu’a célébré le président de la République, à l’occasion d’un déplacement en Franche-Comté. Le chef de l’État a ainsi loué le « goût pour la liberté et l’utopie » de Gustave Courbet ainsi que la « volonté de transgresser » de l’auteur de l’Origine du Monde.

Pas moins d’une centaine de manifestations sont organisées, aux quatre coins de l’Hexagone, tout au long de l’année pour célébrer le « grand homme ». Les plus importantes se déroulent dans le département natal de l’artiste, considéré comme le chef de file du mouvement réaliste. Une belle revanche pour Courbet qui, avant l’hostilité de ses détracteurs politiques, avait dû faire face au conservatisme de l’Académie. Celle-ci ne lui pardonnait pas de mettre en avant dans de grandes toiles monumentales… des gens de peu. Sa représentation d’Un enterrement à Ornans où il portraiture en 1849 une trentaine de personnages de tous milieux, notables comme domestiques, a ainsi été refusée à l’Exposition universelle de 1855. Et son œuvre a longtemps été boudée par les grandes institutions en raison de son sous-texte « socialiste ».

Gustave Courbet, photographie de Nadar, prise entre 1860 et 1869.

© Gallica-BnF

Une première exposition d’une quarantaine de dessins de Courbet s’est tenue au musée d’Ornans jusqu’à fin avril. Elle se poursuit jusqu’à l’automne au musée Jenish de Vevey, en Suisse. Débute aujourd’hui (et jusqu’au 30 septembre) une deuxième manifestation intitulée « Yan Pei-Ming face à Courbet ». Ce face-à-face entre le travail du peintre français et celui du plasticien chinois est d’autant plus judicieux que le second est connu pour ses prises de position iconoclastes autant que pour ses portraits géants d’Obama, de Mao ou de Michael Jackson. Une troisième exposition, du 31 octobre au 5 janvier 2020 toujours à Ornans, mettra en parallèle les œuvres de Courbet et de son ami suisse Ferdinand Hodler.

Trois expositions et un colloque

La réhabilitation de Gustave Courbet s’accompagne de la rénovation de l’atelier du peintre à Ornans. La sœur de l’artiste, Juliette, voulait transformer le lieu en musée. C’est dans cette ancienne fonderie achetée en 1860 que le peintre aurait peint L’Hallali du cerf, en 1867. Et c’est dans un chalet attenant, aujourd’hui détruit, que Courbet logeait les modèles qu’il faisait venir de Paris. Des « créatures », aux tenues parfois extravagantes, qui ont laissé dans la petite ville un souvenir aussi marquant que le caractère trempé de l’artiste. Pillé par les Prussiens en 1870, l’atelier de Courbet avait, à la mort de Juliette en 1915, été revendu à un marchand de vin qui l’avait transformé en entrepôt.

Conservé dans la même famille pendant plus d’un siècle, il a été racheté par la municipalité. Les ouvriers qui ont travaillé à sa réhabilitation ont découvert, en décapant les murs, les restes de papiers peints posés par Courbet lui-même. Mais aussi des peintures représentant des paysages qui pourraient être de la main de l’artiste. Les plafonds sont ornés de délicieuses hirondelles. Seules celles de la pièce sur rue seraient de Courbet. Le bâtiment, à n’en pas douter, deviendra rapidement un lieu de pélerinage pour les amoureux de l’artiste. Un artiste auquel un colloque scientifique sera consacré du 27 au 29 juin au musée départemental Gustave Courbet, en collaboration avec le laboratoire « Logiques de l’agir », de l’université de Franche-Comté, la ville d’Ornans, sous le haut patronage de Jean-Luc Marion de l’Académie française, professeur émérite à Sorbonne Université et de Barthélémy Jobert, président de Sorbonne Université. Le rebelle décrié d’hier s’amuserait probablement des hommages de cette « bonne société » qu’il ne cessait de conspuer avec son ami Pierre-Joseph Proudhon. Un concert de l’Orchestre des nations se tiendra en l’honneur du peintre le 3 septembre à la Saline royale d’Arc-et-Senans.

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