L’Afrique est-elle capable d’assurer son autosuffisance alimentaire?

   

L’Afrique peut assurer son autosuffisance alimentaire en l’espace d’une gĂ©nĂ©ration si elle applique les techniques scientifiques Ă  la production agricole, d’après un rapport sur les stratĂ©gies susceptibles de permettre d’atteindre cet objectif. Le rapport a Ă©tĂ© examinĂ© depuis quelque temps par les Chefs d’Etat d’Afrique de l’Est.

Le continent a ainsi l’occasion de prendre les dĂ©cisions pour accroĂ®tre sa production alimentaire qui lui permettraient d’assurer son autosuffisance, prĂ©cise ce rapport prĂ©parĂ© par un comitĂ© de 20 membres dans le cadre du projet Innovation agricole en Afrique, financĂ© par la Fondation Bill et Melinda Gates.

Ce rapport, intitulĂ© ‘Nouvelle moisson: L’innovation agricole en Afrique’, constitue une note optimiste dans un contexte fait d’avertissements sur les menaces qui pèsent sur l’agriculture africaine dans un contexte de rĂ©chauffement climatique et de croissance dĂ©mographique.

PlacĂ© sous la coordination de Calestous Juma, professeur de pratique du dĂ©veloppement international Ă  l’UniversitĂ© de Harvard, aux Etats-Unis, le message principal de ce rapport est que le continent dispose actuellement d’une masse critique parmi les dirigeants qui ont confiance dans la capacitĂ© de la science et de la technologie Ă  opĂ©rer la transformation, et de l’expertise nĂ©cessaire pour rĂ©ussir cette transformation.

Le rapport montre comment la science et la technologie peuvent être intégrées au débat et aux stratégies en matière de développement agricole.

Il cite des succès remarquables comme celui du Malawi, oĂą l’importation des semences amĂ©liorĂ©es et la fourniture d’engrais subventionnĂ©s a permis de doubler les rendements du maĂŻs et d’exporter du maĂŻs en l’espace seulement de deux ans, et soutient que de telles approches peuvent ĂŞtre renforcĂ©es Ă  travers le continent pour amĂ©liorer la production agricole.

« Aujourd’hui, l’Afrique a accès Ă  de vastes connaissances scientifiques, Ă  la fois sur le continent et ailleurs, les Etats mettent en place des marchĂ©s rĂ©gionaux sur le continent africain et il existe une nouvelle gĂ©nĂ©ration de dirigeants qui veulent mettre Ă  contribution la science et l’innovation et investir dans l’agriculture, ce qui nourrit notre optimisme », a expliquĂ© Juma au RĂ©seau Sciences et DĂ©veloppement.

Il a ajoutĂ© que les observateurs extĂ©rieurs ne perçoivent pas toujours les progrès accomplis par les dĂ©cideurs et les dirigeants africains dans l’adoption d’amĂ©liorations fondĂ©es sur la science dans les domaines agricole et Ă©conomique.

« Se contenter de mettre l’accent sur les montants consacrĂ©s Ă  la recherche et au dĂ©veloppement revient Ă  ne pas prendre en compte l’augmentation des Ă©changes de connaissances au niveau rĂ©gional et une meilleure volontĂ© Ă  mettre la science et la technologie Ă  contribution », a-t-il fait remarquer.

Les Chefs d’Etat du Burundi, du Kenya, du Rwanda, de la Tanzanie et de l’Ouganda se sont penchĂ© sur ce rapport lors du sommet sur la sĂ©curitĂ© alimentaire et les changements climatiques, organisĂ© en prĂ©lude au 12ème sommet ordinaire des Chefs d’Etat de la CommunautĂ© des Etats d’Afrique de l’Est.

Toutefois, les spécialistes de la sécurité alimentaire en Afrique ont réservé un accueil prudent à ce rapport.

Bruce Campbell, chef du programme du Groupe consultatif sur la Recherche agricole internationale (CGIAR) sur les changements climatiques, l’agriculture et la sĂ©curitĂ© alimentaire, estime « que  l’ouvrage de Juma est optimiste, ce que j’admire, mais il faut reconnaĂ®tre que des dĂ©fis importants, et difficiles Ă  relever, subsistent».

Mark Rosegrant, Directeur de la Division de l’environnement et de la production Ă  l’Institut international pour la Recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), a dĂ©claré : « J’estime que ce rapport est important parce qu’il [Juma] a rassemblĂ© les preuves de façon très intĂ©grĂ©e. Il maĂ®trise les sciences sociales et l’Ă©conomie ainsi que la science directe.

Rosegrant relève le cas de l’Afrique du Sud, qui « a gĂ©nĂ©ralement mieux fait que les autres pays en matière d’investissements Ă  long terme », et le Kenya, l’Ethiopie et l’Ouganda, qui « ont des investissements importants Ă  plus long terme dans la recherche agricole et semblent les soutenir et procèdent Ă  des rĂ©formes dans ce domaine ».

« En Afrique du Nord, les performances du Maroc dans les domaines de la recherche et des structures politiques Ă©cologiques et durables sont bonnes, le Maroc pourrait ĂŞtre une des grandes rĂ©ussites Ă  l’avenir ». Mais il ajouté : « les objectifs devraient ĂŞtre de progresser dans ce qu’ils font de mieux et gĂ©nĂ©rer des revenus, et pas uniquement d’assurer l’autosuffisance alimentaire ».

Quant Ă  Philippe Thornton, chercheur principal Ă  l’Institut international de Recherche sur l’Elevage (ILRI) au Kenya, qui a dirigĂ© une rĂ©cente Ă©tude ayant conclu que le rĂ©chauffement climatique pourrait ĂŞtre Ă  l’origine d’une catastrophe pour l’agriculture africaine, il a rappelĂ© « qu’un certain nombre de facteurs relatifs aux changements climatiques ne dĂ©pendent pas de l’Afrique ».

Ces facteurs pourraient avoir un impact nĂ©gatif sur l’amĂ©lioration des rendements et des nouvelles variĂ©tĂ©s de cultures, a-t-il prĂ©cisĂ©. « J’ai Ă©tĂ© un peu surpris de constater Ă  la lecture de ce rapport qu’il parle peu de changements climatiques ».

 

 

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