Les 7 membres du Comité permanent du Bureau Politique du Parti Communiste chinois, lors du 5e Plenum du 19e Congrès. Au centre Xi Jinping, 67 ans. A sa droite Li Zhanshu, président de l’ANP, 70 ans n°3 du régime, son plus fidèle allié depuis le Hebei il y a 30 ans.

A la droite de Li, Wang Huning, 65 ans, n°5 de l’appareil. Rare intellectuel et chercheur promu à la tête du régime, il fut l’éminence grise de Jiang Zemin et de Hu Jintao et l’auteur de la théorie des « Trois représentativités » épine dorsale politique du mandat de Jiang puis de la théorie du « développement scientifique d’une société harmonieuse » chère à Hu Jintao.

Au nom du vieux concept des « caractéristiques chinoises » de Deng Xiaoping, il est aussi l’architecte de la prévalence absolue de la souveraineté nationale contre les influences politiques occidentales. A la droite de Wang, Han Zheng, 66 ans, n°7 de l’appareil. Économiste, ancien n°1 à Shanghai, en charge de la coopération internationale. Lors du bref passage de Xi Jinping à Shanghai en 2006, il avait aidé le futur n°1 à mettre à jour l’utilisation trouble des fonds de retraite par Chen Liangyu, son ancien patron.

A gauche de Xi Jinping, Li Keqiang, n°2 du régime, le Premier Ministre. Plus technicien que politique, il avait en 2012 cosigné avec Robert Zoellick, alors président de la Banque Mondiale, le rapport « China 2030 » qui traçait la route complexe des réformes, insistant en particulier sur les obstacles créés par les féodalités des intérêts acquis des grands groupes. Il n’est pas impossible que la proximité de Li Keqiang avec la pensée économique occidentale soit à l’origine de ses différends avec Xi Jinping dont toute la politique est articulée à la défiance contre les empiètements occidentaux.

A gauche de Li Keqiang, Wang Yang n°4, 65 ans. Président de la Conférence consultative du Peuple Chinois, son positionnement articulé à l’ouverture politique contrôlée et à la prise en compte des idées contraires n’est pas tout à fait en phase avec la rigidité centralisatrice exprimée par le n°1.

A sa gauche Zao Leji, 63 ans, n°6, ancien président de la Commission d’organisation du Parti, devenu patron de la Commission Centrale de discipline, en charge de la lutte contre la corruption, il est avec Li Zhanshu et dans une certaine mesure, Wang Huning le troisième fidèle inconditionnel de Xi Jinping.

*

Après quatre jours de portes closes à la manière d’un conclave catholique au Vatican, le 5e plenum du Comité Central du 19e Congrès du parti communiste chinois, d’où n’a filtré aucune information, s’est achevé le 29 octobre par un communiqué officiel, jeté en pâture aux commentateurs qui répètent ce que l’appareil leur distille.

Le message « Gong Bao 公报 », clair et univoque, d’abord à l’intention du public chinois, ne laissait place ni au doute, ni à la controverse. L’horizon du Parti et de son 14e plan quinquennal (2021 – 2025) est limpide. (voir en annexe le contenu du rapport public).

D’abord l’autosuffisance de la croissance par le développement de la consommation intérieure et l’innovation technologique d’ici 2035 ; ensuite la stabilité du pouvoir de l’actuel n°1 largement au-delà des termes d’un deuxième mandat qui, en théorie, devait s’achever en 2022. En filigrane, répétée par les médias, se confirme en effet la perspective que Xi Jinping restera à la tête du Parti au moins jusqu’en 2027 et, pourquoi pas, au-delà.

Huit années après son accession à la tête de la machine politique du régime, le Président Xi Jinping laisse une nouvelle fois filtrer son intention de se donner le temps nécessaire pour accomplir « sa mission » de renaissance 复兴 – Fuxing de la Nation chinoise.

Il la décrit exemplaire, sans aspérités, puissante et capable de résister aux pressions de l’Occident, notamment des États-Unis, y compris en lui opposant, ses forces armées modernisées.

La messe du plan quinquennal est dite et son approbation par l’Assemblée Nationale à une vaste majorité à quelques rares exceptions en mars prochain ne sera qu’un formalité de plus, dont le but sera de nourrir l’affabulation d’une démocratie intra-parti.

Le 29 octobre, un article du New-York Times signé Chris Buckley et Steven Lee Myers avait beau jeu de relever l’amer contraste des situations entre la Chine et sûre d’elle-même et de ses objectifs et l’Occident hésitant en proie aux doutes.

La Chine puissante et efficace, face à l’Occident affaibli et hésitant.

L’image est celle du chaos occidental par laquelle le Parti communiste chinois, affichant une solide assurance, se représente l’état des démocraties agitées par les dérèglements de leurs systèmes. La posture inflexible de l’appareil cache cependant d’importantes vulnérabilités.

*

D’une part les « Ambitions de Xi, “le Timonier“ » – référence directe à Mao – et, d’autre part, « l’Occident qui trébuche », avec « les États-Unis, embourbés dans une féroce compétition électorale pour la présidentielle, et l’Europe, à nouveau sur le point de se cadenasser pour se protéger de l’insistante pandémie sévissant presque partout, sauf en Chine.

Au passage de nombreux témoignages venant de l’épicentre même de l’épidémie, ont déjà révélé les secrets chinois. Le plus pertinent est peut-être celui du Dr Philippe Klein, qui, à la tête d’une clinique privée à Wuhan est resté en poste pendant la vague meurtrière du premier trimestre et au-delà. Ce qui lui a valu d’être décoré par les autorités chinoises.

Dans un article du Populaire du Centre, daté du 13 octobre dernier, il affirme que « La Chine a stoppé le virus, (alors que) la France a raté son déconfinement ».

La stratégie de Pékin ? D’abord l’arrêt brutal de la propagation du virus par la fermeture hermétique de la province du Hubei (60 millions de personnes) assortie d’un contrôle serré des frontières ; ensuite la prudente progressivité du déconfinement marqué par l’utilisation massive des logiciels de traçage [1]

Ces derniers dont les informations sont rapidement centralisées et exploitées grâce à l’instantanéité des technologies numériques également utilisées pour le contrôle des populations par le « crédit social », permettent la réaction immédiate dès l’apparition de nouveaux cas.

Ainsi, récemment à Qingdao au Shandong et à Kashgar au Xinjiang le système de santé chinois a, en un temps record, massivement testé des millions de sujets après l’apparition de quelques dizaines de cas. La réactivité quasi militaire a permis d’isoler immédiatement des centaines de cas asymptomatiques.

*

Alors que l’Occident trébuche et doute de lui, à Pékin, poursuit le New-York Times, Xi Jinping diffuse la puissante assurance que la Chine émerge de la pandémie à la fois renforcée et déterminée à ne pas se « soumettre ».

Telle est la musique portant une nouvelle fois Xi Jinping aux nues, diffusée par l’appareil et reprise sans la moindre fausse-note par les commentateurs chinois unanimes, en tête desquels Xinhua, l’agence officielle donne le ton.

« Le parti, le peuple et tous les groupes ethniques doivent s’unir étroitement autour du Comité central du Parti dont le camarade Xi Jinping est le cœur, pour travailler avec obstination et remporter de nouvelles victoires dans la construction globale d’un pays socialiste moderne. 全党全国各族人民要紧密团结在以习近平同志为核心的党中央周围, 同心同德, 顽强奋斗, 夺取全面建设社会主义现代化国家新胜利. »

Logiquement l’unanimité sans faille du Comité Central où les voix contraires sont sévèrement occultées, a passé sous silence les hésitations de l’appareil en janvier et février et fait l’apologie de la « victoire stratégique obtenue contre l’épidémie ».

Ainsi est publiquement affichée la cohésion de l’appareil derrière Xi Jinping, seul capable d’affronter les défis de la modernisation de la Chine et d’une situation internationale qualifiée de « complexe ».

Note(s) :

[1] On notera qu’en France ces derniers dont l’usage est resté libre, furent largement rejetés par la société, perturbée par les commentaires répétant en boucle la « menace contre les libertés individuelles ».

Rares sont ceux qui relevèrent la dangereuse incohérence de refuser au nom de la liberté un moyen de lutte efficace contre les contagions, y compris en dépit des assurances de protection des données privées donnée par le pouvoir, alors que, dans le même temps, de vastes parts des données confidentielles des Français sont captées par les géants américains de l’Internet.

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