Mis en ligne le 8/09/2020 à 20:33

À l’heure où le gouvernement présente son plan pour développer l’hydrogène comme énergie propre, qu’en est-il de la filière automobile ?

1. Y a-t-il déjà des voitures à hydrogène dans les rues ?

Des véhicules à hydrogène roulent déjà dans de nombreuses villes du monde. À Paris, les taxis de la société Hype transportent des clients depuis 2015 dans des berlines coréennes ou japonaises à la livrée bleue facilement reconnaissable. Cela reste un segment de niche. Hyundai, qui revendique le premier rang mondial, a vendu 5 000 exemplaires de son modèle Nexo cette année, plus que la Toyota Mirai, dans un marché mondial de plusieurs dizaines de millions de voitures.

2. Comment se comparent-elles aux électriques ?

En embarquant un réservoir à hydrogène, transformé en électricité via une pile qui alimente un moteur, ils offrent les avantages du 100 % électrique (accélération, couple, silence de fonctionnement), ne rejettent aucun polluant, juste de la vapeur d’eau, tout en offrant une autonomie supérieure et des recharges aussi rapides qu’un plein d’essence.

3. Quels sont ses points faibles ?

La production d’hydrogène reste aujourd’hui fortement émettrice de CO2, l’un des principaux gaz à effet de serre, car elle résulte essentiellement du reformage de méthane. Les stations de recharge, très coûteuses, restent rares, tandis que les prix des véhicules sont encore prohibitifs.

« Aujourd’hui, on sait faire des véhicules à hydrogène, mais il y a encore énormément d’étapes à franchir pour en faire des véhicules économiquement viables », souligne Marc Mortureux, directeur de la Plateforme automobile qui représente constructeurs et équipementiers français. « On est clairement satisfaits de la mobilisation » des pouvoirs publics.

Le premier enjeu est la production massive d’hydrogène décarboné, défi que les énergéticiens pensent relever grâce à l’électrolyse de l’eau à partir d’énergies renouvelables (éolien, solaire) ou de nucléaire.

4. Que prévoient les experts ?

« À partir de 2021 ou 2022, on va voir arriver des camions, des camionnettes, des bus à hydrogène dans pas mal de villes d’Europe », prévoit Marc Perraudin, directeur de la division Nouvelles Énergies chez Plastic Omnium.

Selon M. Perraudin, les véhicules électriques purement à batteries « ne répondent pas aux besoins » des transports lourds, par manque d’autonomie. Les automobiles, qui ont besoin d’un maillage étroit de stations de recharge, se développeront « après 2025 », estime Plastic Omnium qui table, à l’horizon 2030, sur un marché mondial de 2 millions de véhicules, dont 1,6 million de voitures particulières. En fin d’année dernière,

Renault, pionnier en France, a introduit dans son catalogue une version hydrogène de son fourgon Kangoo, dont il a produit 200 exemplaires. Un deuxième modèle, plus grand, le Master, suivra l’an prochain. Ces versions coûtent près de 50 % plus cher qu’une électrique classique. Mais « avec l’hydrogène, on double l’autonomie pratique pour l’utilisateur », souligne Philippe Diviné, directeur de la stratégie des véhicules utilitaires du groupe.

Chez PSA, de premiers véhicules utilitaires à hydrogène (Peugeot Expert, Citroën Jumpy et Opel Vivaro) seront lancés fin 2021.

Le gouvernement détaille son plan hydrogène

Industrie, transports lourds et recherche : le gouvernement a détaillé hier son plan de 7 milliards d’euros sur dix ans pour développer à grande échelle l’hydrogène, qui peut servir à rendre plus propres certaines activités. La première priorité de l’État sera de décarboner les usages industriels, alors que de nombreux secteurs (raffinage, chimie, électronique, agroalimentaire…) utilisent aujourd’hui un hydrogène d’origine fossile, produit avec des procédés fortement émetteurs de gaz à effet de serre. L’hydrogène peut devenir propre en étant notamment produit par électrolyse de l’eau, à condition d’utiliser une électricité issue de sources renouvelables ou à tout le moins faiblement carbonées. La deuxième priorité sera de développer une offre de mobilités « lourdes », c’est-à-dire pour des camions, des trains en zone non-électrifiée, voire l’avion. « Il faut qu’en 2035 nous ayons réussi à avoir un avion neutre en carbone, et l’hydrogène est probablement l’option la plus prometteuse », a estimé le ministre de l’Économie. Le moteur à hydrogène n’émet pas de pollution puisqu’il ne produit que de la vapeur d’eau. Le dernier volet du plan porte sur la recherche, l’innovation et le développement des compétences. L’objectif est de générer entre 50 000 et 150 000 emplois directs et indirects en France.

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